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1. Le Projet ‘-N?’

N (femme de 33 ans, danseuse, mère) explore son corps, sa vie émotionnelle, sa sexualité en contact direct avec l’objectif, le spectateur. Dans un ‘setting’ artificiel, un studio de danse/de photo, elle explore ses limites, aidée mais pas dirigée par le photographe. L’objectif, le spectateur, en est la raison et la condition. Sans ‘shoot’ pas d’exploration, sans exploration pas de photos.
En même temps, le projet fait réflexion sur les relations voyeuristes et sado-masochistes entre modèle - photographe - publique...

2. Concrètement

De temps en temps je ‘donne’ mon studio a N, pour explorer sa propre sexualité sans tabous, de manière exhibitionniste. L’aspect artistique et l’aspect plus existentiel (le catharsis individuel) deviennent alors un. Les photos que je présente ici sont faites pendant plusieurs séances, et la continuité est celle des séances: sans ordre logique, et avec une dynamique entre l’extase d’une part et des larmes plein de solitude éternelle d’autre part, sans gène et sans pudeur.

3. Exploration philosophique

Si la culture dominante est oppressive pour les femmes (en tant que homme), il faut se demander de quoi en faire. Pas au moins parce que ce système se replie sur tout l’homme en tant qu’individu socialement impotent .

Le corps est le lieu ou tout oppression se déroule. Sans corps, pas de manipulation inconsciente, pas de gravité de l’idéologie. C’est par les habitudes que les idées se donnent une réalité. Il faut donc libérer le corps, lui redonner la naïveté d’enfant, enrichie par la conscience de l’adulte. Pour cela on a besoin d’ une espace vide, un temps intemporel, une scène pour se perdre (en tant que corps surdéterminé idéologiquement), et enfin pour se retrouver à la conscience de ces mécanismes.

Toute la vie a un aspect sado-masochiste. La lutte du pour-soi contre le en-soi; le pendilum de la responsabilité vers la gratuité et de retour; la guerre entre matière et liberté. Accepter et faire accepter cettes tendances opposées facilite l’enlargement de l’espace émotionnelle. En traversant ses propres limites - imprégnées par l’idéologie oppressive - on se libère du pouvoir déterminant d’un de ces extrêmes.

Enfin, l’acte artistique est le lieu par excellence ou le sado-masochisme peut trouver une scène, car l’acte artistique par définition traverse et met en cause l’idéologie dominante (et donc oppressive). Sans peur de l’espace vide, sans larmes pour les souffrances universelles de l’existence, sans angoisse pour l éternité du temps il n’y a pas de création, pas de joie, pas de réalisation artistique.

La photographie de nue balance entre l’adoption naïve et l’application consciente de cette dialectique. Au premier cas elle reste bourgeoise et s’appelle artistique, c’est a dire elle accepte les tabous inconscients et les règles qui les prélèves; dans l’autre cas elle devient subversive.

Le projet que je vous présente ici donne cet espace scénografique au modèle, ou elle peut se libérer des tabous idéologiques. L’aspect sado-masochiste est pris en corps par elle en relation directe avec le voyeurisme du spectateur - a travers le photographe. C’est un trajet subversif, qui détruit toute certitude, toute peur pour enfin en trouver le désir d’être rien, objet - donc d’être (nature).

Et pour les voyeurs (spectateurs) la même chose.

4. Le photographe

Philosophe, metteur en scène et photographe dans une compagnie de théâtre et danse féministe, mon modus operandus est celui de Plato, c’est a dire, celui d’ un sage-femme: J’offre au danseuses, aux modèles, une scène vide et une éternité de temps pour écrire leur propre histoire, dans leur propre langage. J’en fait témoignage.

 

Philip Demeester

 
 
project: -N?
 
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